
Salut Andy,
Nous avons été très intéressés à la lecture de ton travail de projet pour ta formation Suisse Hockey et t’avons demandé de nous éclairer davantage sur ton approche : merci donc pour le temps que tu nous accordes et ton partage d’expérience à travers cet échange.
Peux-tu nous d’abord nous faire un bref rappel de ton parcours d’entraîneur et de ton poste actuel ?
Je viens de Saint-Pierre-et-Miquelon, un petit archipel français en Amérique du Nord où le hockey occupe une place très importante. J’ai grandi dans cette culture, avec la patinoire et le hockey comme éléments centraux de mon environnement.
J’ai commencé à entraîner très jeune, dès l’âge de 15 ans, alors que j’étais encore moi-même joueur. J’ai ensuite mené en parallèle mon parcours de gardien, jusqu’au niveau professionnel, et celui d’entraîneur. À 20 ans, j’ai obtenu mon Diplôme d’État français d’entraîneur de hockey sur glace.
Mon arrivée en Suisse m’a permis de poursuivre et d’approfondir ma formation à travers différents cursus et diplômes suisses, jusqu’à intégrer le parcours de formation des entraîneurs Swiss Olympic à Macolin. Cette formation a été importante dans mon évolution, notamment dans ma réflexion autour de l’apprentissage, de la planification, du développement du jeune athlète et de ma propre posture d’entraîneur.
Professionnellement, j’ai eu la chance de connaître plusieurs environnements de formation : Strasbourg, Genève Futur, où j’ai également occupé des responsabilités de direction sportive, puis La Chaux-de-Fonds, Morges et aujourd’hui Fribourg-Gottéron.
Je suis actuellement Head Coach des U14-Elit de Fribourg-Gottéron et assistant coach des U21-Elit, avec un rôle plus spécifique dans le développement des défenseurs et le penalty killing (PK).
En parallèle, j’interviens également comme enseignant vacataire à l’Université Grenoble Alpes, au sein de la Licence SHIFT Hockey sur Glace, auprès de futurs professionnels du sport. C’est une expérience que j’apprécie particulièrement parce qu’enseigner oblige aussi à mettre des mots sur sa pratique, à la structurer, à la confronter et à continuer de la questionner.
À titre personnel, je suis marié et papa de trois enfants. Cette dimension influence forcément aussi mon regard sur la formation : derrière le joueur et la performance, il y a toujours un jeune en construction.
Finalement, après plus de vingt ans passés à entraîner, mon fil conducteur est devenu assez simple : je ne cherche pas uniquement à former de meilleurs hockeyeurs. Je veux contribuer au développement du joueur, de l’athlète, mais surtout de la personne.
C’est probablement aussi pour cela que j’aime autant travailler avec les U14 : c’est un âge où énormément de choses se construisent, sur la glace comme en dehors.
Qu’est-ce qui, dans ton parcours professionnel, t’a fait sortir d’une approche plus traditionnelle (blocs techniques, répétitions sans opposition, flow drills…) ?
Je ne pense pas qu’il y ait eu un jour précis où je me suis dit : « maintenant j’arrête les drills ». C’est vraiment une évolution progressive de ma manière d’entraîner, nourrie par l’expérience, l’observation des joueurs, les formations et aussi par mes propres remises en question.
Comme beaucoup de coachs, j’ai longtemps travaillé avec une approche assez traditionnelle : des blocs techniques, des répétitions, des parcours, des flow drills très organisés. Et je ne renie absolument pas cette période, parce qu’elle m’a aussi construit comme entraîneur.
Mais avec le temps, j’ai commencé à observer un décalage qui m’interpellait de plus en plus. Certains joueurs pouvaient être excellents dans un exercice : techniquement propres, rapides, précis, capables de reproduire exactement ce que nous demandions. Puis, dès que nous passions au match, cette maîtrise ne se retrouvait pas toujours.
Je me suis alors posé une question assez simple : qu’est-ce qui change entre mon exercice et le match ? La réponse était finalement énorme : presque tout.
Dans beaucoup de drills, le joueur connaît à l’avance son trajet, l’endroit où il va recevoir le puck, à qui il va faire la passe et parfois même où il va terminer l’action. Il peut donc devenir très performant dans l’exécution d’une séquence sans forcément avoir besoin de lire ce qui se passe autour de lui.
Or, en match, personne ne lui donne cette information à l’avance. L’espace change en permanence, les partenaires bougent, les adversaires mettent de la pression, une ligne de passe apparaît puis disparaît, le temps disponible varie. Le joueur doit continuellement prendre de l’information, décider, exécuter et immédiatement s’adapter à la conséquence de son action.
C’est là que ma réflexion a commencé à évoluer. Je me suis rendu compte que nous pouvions passer énormément de temps à entraîner le « comment faire » : comment passer, comment tirer, comment patiner, comment protéger le puck… mais parfois beaucoup moins de temps à développer le « quand », le « où » et surtout le « pourquoi ». Et pourtant, pour moi, c’est précisément là que se situe une grande partie de la performance en hockey.
Un joueur peut posséder une excellente technique de passe. Mais s’il ne perçoit pas la pression, ne voit pas son partenaire ou choisit le mauvais timing, cette technique perd une grande partie de sa valeur. À l’inverse, un joueur capable de lire rapidement une situation et de choisir une solution adaptée peut être extrêmement efficace sans forcément produire le geste techniquement le plus esthétique.
Cela m’a progressivement amené à modifier la question que je me pose lorsque je prépare une séance. Avant, je pouvais partir de : « quelle technique est-ce que je veux travailler aujourd’hui ? ». Aujourd’hui, je pars beaucoup plus souvent de : « quel problème de jeu est-ce que je veux que mes joueurs apprennent à résoudre ? ».
À partir de là, ma manière de construire les séances a forcément évolué. J’ai progressivement donné davantage de place aux situations avec opposition, aux Small et Smart Games, aux transitions et aux environnements dans lesquels le joueur doit prendre de l’information avant d’agir. C’est devenu une véritable colonne vertébrale de mon travail avec les U14-Elit, comme je l’ai formalisé dans mon projet.
Mes expériences et mes formations ont ensuite renforcé cette évolution. Macolin m’a notamment permis de confronter certaines de mes intuitions de terrain à des modèles d’apprentissage et à des approches comme le TGfU. Mon passage à SaiPa, en Finlande, a également été important : j’y ai retrouvé cette place donnée au jeu, à l’adaptation, à l’intelligence collective et à la responsabilisation du joueur.
Mais je tiens à être clair : je ne rejette pas l’approche traditionnelle et je ne suis pas devenu « anti-drill ». Ce serait trop facile et surtout trop dogmatique. Il existe des moments où isoler un geste, répéter une habileté ou revenir à une situation plus analytique est pertinent.
Ce qui a changé, c’est la place que je leur donne et surtout la question du transfert.
Si j’isole quelque chose, je veux assez rapidement le reconnecter au jeu et redonner au joueur quelque chose à percevoir, une décision à prendre et une conséquence à gérer.
Finalement, mon évolution vient peut-être de là : je suis passé progressivement d’une volonté de construire des joueurs capables de reproduire correctement une solution à celle de développer des joueurs capables d’en trouver une.
Je ne veux pas seulement qu’un joueur sache faire. Je veux qu’il sache quand le faire, pourquoi le faire et qu’il puisse s’adapter lorsque la situation ne ressemble pas exactement à celle que nous avions imaginée à l’entraînement.
Dans ton travail de projet tu parles énormément des Small et Smart Games (qui sont les outils principaux de « l’Ecological Dynamics ») mais y a-t-il un moment précis qui a été un déclic vers cette approche ou est-ce venu progressivement à travers des expériences et des rencontres ?

C’est clairement venu progressivement, à travers mon parcours, mes formations, mes rencontres et surtout beaucoup d’observation et de remise en question de ma propre pratique.
Macolin a joué un rôle important dans ma manière de réfléchir à l’apprentissage et à la formation du joueur. Cela m’a permis de confronter mon expérience de terrain à d’autres modèles, d’aller plus loin dans ma réflexion et parfois de mettre des mots sur des choses que je faisais déjà de manière plus intuitive.
Mon expérience à SaiPa, en Finlande, a également renforcé certaines convictions : beaucoup de jeu, de situations réduites, d’autonomie, d’adaptation et de problèmes à résoudre. Mais je ne suis pas revenu de Finlande en voulant copier un modèle. Ce qui m’intéresse lorsque j’observe ailleurs, c’est de comprendre pourquoi quelque chose fonctionne, puis de réfléchir à ce qui peut être transféré et adapté à mon propre environnement.
Mais il y a aussi eu un autre déclencheur, beaucoup plus personnel, qui a réellement nourri ma réflexion : ma femme, Emilie.
Elle est directrice multisites de structures d’accueil de l’enfance en Suisse romande et elle est particulièrement pointue sur les questions liées au développement de l’enfant, à l’apprentissage et aux neurosciences. Nos échanges sur ces sujets ont été un véritable déclencheur pour moi.
Elle m’a notamment amené à réfléchir différemment à la manière dont le cerveau d’un jeune en plein développement apprend, s’adapte et réagit aux différents stimuli. Cela a nourri beaucoup de questionnements dans ma pratique : pourquoi toujours proposer le même environnement ? Pourquoi répéter constamment dans un contexte identique ? Quelle place donner à l’erreur, au plaisir, à l’émotion, à l’exploration ou à la nouveauté dans l’apprentissage ?
Elle a aussi beaucoup inspiré ma réflexion autour de la transversalité.
C’est notamment ce qui m’intéresse lorsque nous sortons volontairement du hockey avec nos joueurs : judo, basket, école de course, apprentissage de l’haltérophilie ou autres activités. Je ne cherche pas simplement à « varier pour varier ». Je cherche à modifier le contexte, les repères, les contraintes et les stimuli auxquels le jeune doit répondre.
Le sport change, l’environnement change, les informations à traiter changent, mais le jeune doit toujours percevoir, s’adapter, décider et apprendre.
Cette ouverture vers d’autres disciplines, combinée à mes expériences de terrain, à Macolin, à SaiPa et à ces échanges avec Emilie autour des neurosciences et du développement de l’enfant, a progressivement façonné ma manière actuelle d’entraîner.
Je me rends compte aujourd’hui que ma pratique rejoint beaucoup de principes de l’Ecological Dynamics, même si je suis arrivé à cette approche d’abord par le terrain avant d’en connaître réellement le vocabulaire théorique.
C’est également comme cela que s’est construite ma distinction entre Small Games et Smart Games. Pour moi, le Small Game réduit le jeu pour multiplier les situations : davantage de touches de puck, de duels, de transitions, de prises d’informations et de décisions.
Le Smart Game va un peu plus loin : je manipule volontairement certaines contraintes — l’espace, le nombre de joueurs, le temps, les règles ou le départ de la situation — pour favoriser l’émergence d’un comportement particulier.
Le Small Game multiplie donc les situations d’apprentissage ; le Smart Game les oriente.
Finalement, je ne parlerais pas d’un déclic unique. Je parlerais plutôt d’une construction progressive, faite de terrain, de formations, de rencontres et parfois d’influences venues complètement de l’extérieur du hockey.
Et je pense que c’est justement cette transversalité qui continue aujourd’hui à faire évoluer ma pratique.
Tu évoques également la systématisation des prises de décisions dans tes séances : peux-tu préciser ta pensée ? Comment définirais-tu le couplage perception-action ?
Pour moi, le couplage perception-action peut se résumer assez simplement : ce que je fais dépend de ce que je perçois.
Un joueur ne fait jamais une passe simplement parce qu’il sait techniquement faire une passe. Il la fait parce qu’il a perçu un partenaire, un adversaire, un espace, une pression ou une opportunité. Et si l’une de ces informations change, sa décision et donc son action peuvent immédiatement changer.
C’est pour cela que j’essaie de systématiser la prise de décision dans mes séances. Par « systématiser », je veux dire que, dans la majorité de mes situations, j’essaie de donner au joueur quelque chose à lire et un choix à faire. Je veux éviter autant que possible qu’il connaisse toute la réponse avant même le départ de l’exercice.
Cela peut être très simple : deux options de passe, un défenseur qui choisit de fermer un espace plutôt qu’un autre, un changement de possession qui déclenche une transition, un partenaire qui se rend disponible ou encore un coach qui remet un nouveau puck en fonction de ce qui vient de se passer. À partir du moment où l’environnement change, le joueur doit reprendre de l’information et ajuster sa réponse.
C’est important pour moi parce que je ne veux pas dissocier complètement la technique de la perception qui va déclencher son utilisation. Je peux apprendre à un joueur à réaliser parfaitement une passe, un tir ou une protection de puck, mais en match, la difficulté n’est pas uniquement de savoir réaliser le geste. Elle est aussi de reconnaître très rapidement quel geste utiliser, à quel moment et dans quelle situation.
Je cherche donc beaucoup cette séquence : percevoir, interpréter, décider, agir… puis percevoir à nouveau ce que mon action vient de provoquer. Ce n’est finalement pas une ligne droite, mais une boucle permanente.
D’ailleurs, l’un de nos standards cette saison avec les U14-Elit est « THINK & DECIDE : je regarde, je décide et j’agis ». Ce standard traduit assez bien ce que je cherche à développer.
Cela ne signifie surtout pas que chaque exercice doit devenir compliqué ou contenir dix règles. Au contraire. Une situation peut être extrêmement simple tout en obligeant le joueur à prendre une décision.
Pour moi, un joueur intelligent n’est donc pas celui qui connaît le plus de solutions par cœur. C’est celui qui est capable de percevoir ce que la situation lui offre, de choisir une réponse adaptée et de la réajuster lorsque l’environnement change. C’est aussi pour cela que j’aime les Small et Smart Games : ils permettent de répéter énormément, mais sans forcément répéter exactement la même réponse.

Concrètement, comment élabores-tu tes contenus de séances : comment définis-tu les thèmes et contraintes dans tes SAG / SM ?
J’essaie de partir de moins en moins de la question « quel exercice vais-je faire ? » et davantage de « quel problème de jeu voulons-nous travailler et quels comportements voulons-nous voir apparaître ? ».
Le point de départ peut venir de notre planification, mais très souvent aussi de ce que nous observons en match. Nous identifions un problème de jeu, puis nous essayons de le décomposer pour comprendre ce dont le joueur a réellement besoin pour le résoudre.
Un exemple récent illustre assez bien cette démarche. Je travaille notamment avec Ilia Khanenko, skill coach au club et ami, avec qui j’aime beaucoup échanger et construire les contenus. Nous avons récemment développé ensemble un cycle autour du thème « Forecheck vs Breakout ».
Ce qui a été particulièrement intéressant a été de ne pas traiter le forecheck et le breakout comme deux systèmes séparés, mais comme deux intentions qui s’affrontent et s’influencent en permanence. Nous avons commencé par faire un breakdown du problème.
Côté breakout : de quoi le joueur a-t-il besoin pour sortir efficacement de la pression ? Scanner avant la première touche, s’orienter, protéger le puck, manipuler le forechecker, utiliser le filet, trouver une solution au milieu ou sur le weak side, jouer rapidement lorsque l’opportunité apparaît.
Côté forecheck : comment arriver avec le bon angle ? Comment orienter avec le corps et le stick ? Comment fermer une option ? Comment lire les intentions du porteur et travailler collectivement pour provoquer une récupération ?
À partir de là, nous pouvons identifier les skills nécessaires au comportement de jeu recherché. C’est là que notre collaboration devient particulièrement intéressante : Ilia peut intervenir sur certains détails techniques, puis nous reconnectons progressivement ces outils au problème de jeu.
J’utilise également une logique de progression 5/10/30 pieds, que je traduirais approximativement par 1,5 m / 3 m / 9 m.
À 1,5 m, nous sommes très proches du joueur et du duel. On peut travailler le contrôle du puck sous pression, la protection, les appuis, les changements de poids, le stick, les feintes, le contact ou encore la capacité à garder les yeux levés. C’est l’outil dans un environnement très proche.
À 3 m, on commence à connecter davantage cet outil à l’espace et à l’adversaire : changement de vitesse ou de direction, escape, entrée de zone, passe vers un espace, récupération, création d’un peu plus de temps et d’espace.
À 9 m, le joueur doit progressivement élargir sa lecture : trouver une solution au milieu sous pression, identifier le weak side, connecter avec un partenaire plus éloigné, lire plusieurs lignes de jeu ou, pour un défenseur, conserver une vision plus globale de ce qui se passe devant et derrière la pression.
Cette logique 5/10/30 est d’ailleurs présente dans le modèle de développement dont je me suis inspiré : on y retrouve explicitement les game skills à 5, 10 et 30 pieds, ainsi que des notions comme les retrievals, les middle plays, la vision sous pression et les options de sortie.
Je ne considère cependant pas ces distances comme trois cases rigides. Ce qui m’intéresse surtout, c’est la progression qu’elles représentent :
1,5 m : j’acquiers et je maîtrise un outil. / 3 m : je connecte cet outil à un problème. / 9 m : je dois percevoir davantage d’informations et choisir quand et comment l’utiliser.
Puis vient le match : je dois être capable de m’adapter librement. C’est ensuite que les Small et Smart Games prennent toute leur importance.
Nous remettons progressivement de l’opposition, de l’incertitude et de la prise de décision. Je peux alors manipuler l’espace, le nombre de joueurs, le rapport numérique, le temps disponible, les zones, le type de départ ou certaines règles pour augmenter la probabilité de voir apparaître le comportement recherché.
Mais une contrainte n’est jamais là pour rendre l’exercice « intelligent » ou original. Elle doit avoir une fonction. Si elle ne provoque pas ce que je recherche, je dois la modifier ou la supprimer.
Et enfin, il y a pour moi une étape fondamentale : le match. C’est notre test grandeur nature.
Est-ce que le joueur retrouve spontanément les informations que nous avons travaillées ? Est-ce qu’il utilise les outils développés lorsqu’il ne connaît plus le scénario à l’avance ? Est-ce qu’il reconnaît le problème sous une forme différente ? Et surtout, est-ce qu’il est capable de trouver parfois une solution à laquelle nous n’avions même pas pensé ?
C’est ce que j’ai trouvé passionnant dans ce cycle Forecheck vs Breakout avec Ilia : nous avons pu naviguer en permanence entre le détail technique, le comportement individuel, la lecture du jeu, l’opposition et finalement le transfert en match.
Ma construction de séance pourrait finalement se résumer ainsi :
Observer → identifier le problème → le décomposer → développer les outils → reconnecter au jeu → augmenter progressivement la complexité → laisser décider → observer le transfert en match → réguler.
Et c’est là que le mot « Smart » prend tout son sens pour moi : je ne cherche pas simplement à créer un jeu. Je cherche à construire un environnement qui fait apparaître suffisamment souvent le problème que je veux que mes joueurs apprennent à résoudre.
Ton approche semble assez atypique dans un hockey Suisse Romand relativement conservateur (ou plutôt traditionnaliste) : est-ce que ton club te laisse totalement libre ou il t’impose certains concepts « communs » à la formation Fribourgeoise ?
Je bénéficie d’une vraie liberté dans la manière de construire mes séances et dans ma façon d’enseigner, mais cette liberté s’inscrit évidemment dans un cadre.
À Fribourg, nous avons un concept cantonal de formation avec un véritable fil rouge. L’idée est d’avoir une continuité dans le développement du joueur, pas uniquement au sein de Fribourg-Gottéron, mais également, autant que possible, avec nos clubs partenaires. Il existe donc une identité, une philosophie de formation et des principes communs que nous cherchons à partager sur l’ensemble du parcours.
Et pour moi, c’est essentiel. Je crois beaucoup à la liberté pédagogique du coach, mais liberté ne veut pas dire travailler seul dans son coin. Si chaque entraîneur développe sa propre vision sans connexion avec ce qui se passe avant et après lui, c’est finalement le joueur qui doit constamment s’adapter aux changements de philosophie.
Le cadre commun donne donc une direction. Ensuite, à l’intérieur de ce cadre, chaque entraîneur apporte forcément sa personnalité, son expérience, ses compétences et sa manière d’enseigner.
Mon approche peut parfois paraître différente parce que j’accorde beaucoup de place au jeu, à la prise d’information, à la décision, aux contraintes, aux Small et Smart Games, mais également à la transversalité. Mais mon objectif n’a jamais été de faire différent pour être différent. Je cherche simplement les environnements que je considère les plus pertinents pour développer les joueurs dont j’ai la responsabilité.
L’arrivée de Roger Rönnberg à Fribourg-Gottéron a également été très intéressante à ce niveau-là. Sa vision du jeu, sa manière de parler du développement des joueurs et certains principes qu’il amène au club ont été bénéfiques pour notre environnement de formation.
Sur un plan plus personnel, cela m’a aussi conforté dans certaines de mes convictions. Quand tu développes une approche qui sort parfois un peu des habitudes, tu te demandes forcément si tu vas dans la bonne direction. Retrouver chez un entraîneur de ce niveau certains principes auxquels je crois, autour du jeu, de l’intelligence du joueur, de la responsabilisation, de la prise de décision ou de la capacité à s’adapter, m’a conforté dans l’idée que cette réflexion avait du sens.
Mais je ne cherche pas non plus à reproduire la méthode de Roger Rönnberg, pas plus que je n’ai cherché à copier ce que j’ai observé en Finlande. Ce qui m’intéresse, c’est de comprendre les principes, d’échanger, de confronter les idées et ensuite de les adapter à nos joueurs, à leur âge et à notre environnement.
Je préfère donc parler de complémentarité plutôt que d’opposition entre une approche « traditionnelle » et mon approche. Nous avons un fil rouge cantonal, une identité et une philosophie communes. Mon rôle, à l’intérieur de ce cadre, est d’apporter ma sensibilité et de construire les environnements d’apprentissage que je juge les plus adaptés à mes U14.
Finalement, je pense qu’un bon projet de formation doit réussir à faire cohabiter deux choses : une identité collective suffisamment forte pour donner une direction commune, et suffisamment de liberté pour que les entraîneurs continuent à réfléchir, expérimenter et faire évoluer leurs pratiques.

Dans ce contexte, où te situer sur le débat « habileté fonctionnelle vs répétition technique décontextualisée » ? Y a-t-il des cas où tu réintroduis du travail plus analytique, et si oui comment le justifier dans ton cadre (quasi exclusivement tourné vers les S&SM) ?
Je ne suis pas contre la technique, et encore moins contre la répétition. Au contraire, un joueur a besoin d’un bagage technique suffisamment riche pour pouvoir répondre aux problèmes que le jeu va lui poser.
Là où je suis plus critique, c’est lorsque la répétition technique devient une finalité en soi, complètement déconnectée de l’information qui va permettre au joueur de savoir quand et pourquoi utiliser cette habileté. Donc oui, j’utilise du travail analytique.
Si un jeune découvre un geste, s’il lui manque un prérequis, s’il rencontre une difficulté motrice ou si nous voulons attirer son attention sur un détail très précis, je trouve parfaitement pertinent de simplifier momentanément l’environnement. C’est d’ailleurs là que la logique 1,5 m / 3 m / 9 m dont je parlais précédemment prend tout son sens pour moi.
À 1,5 m, je peux être beaucoup plus proche du détail et de l’acquisition de l’outil : position corporelle, appuis, manipulation du puck, protection, utilisation du stick, changement de poids, orientation, etc. Mais je ne veux pas rester éternellement à 1,5 m.
À environ 3 m, je vais commencer à reconnecter cet outil à un problème : un adversaire, une pression, un espace à créer ou à protéger, une information supplémentaire à prendre.
Puis, à environ 9 m, le joueur doit élargir son champ de perception. Il ne s’agit plus seulement d’exécuter correctement le geste, mais de reconnaître l’espace, les partenaires, les adversaires et les différentes possibilités qui s’offrent à lui.
Et enfin vient le match, où toutes ces informations apparaissent sans que le coach puisse contrôler le scénario.
Ma logique pourrait donc être :
Isoler si nécessaire → acquérir l’outil → connecter l’outil au problème → augmenter progressivement l’incertitude → décider → jouer → observer le transfert.
C’est également pour cela que j’aime travailler avec un skill coach comme Ilia Khanenko. Nous ne considérons pas le développement technique et le développement du jeu comme deux mondes séparés.
Le travail technique permet d’enrichir la boîte à outils du joueur. Ensuite, notre responsabilité est de créer des situations dans lesquelles il doit apprendre à choisir lui-même quel outil utiliser.
C’est pour cela que je ne me reconnais pas vraiment dans une opposition « analytique contre écologique » ou « drills contre Small Games ». Pour moi, ce sont des outils différents qui répondent à des besoins différents.
La vraie question que je me pose est plutôt : à cet instant précis de son apprentissage, de quoi le joueur a-t-il besoin ? Parfois, il a besoin que je simplifie énormément l’environnement pour comprendre ou acquérir quelque chose.
Parfois, au contraire, il a besoin que je me retire et que je lui rende toute la complexité du jeu pour qu’il apprenne à chercher lui-même une solution. Le danger serait de rester à l’un des deux extrêmes.
Un joueur peut posséder une magnifique technique dans un environnement contrôlé sans savoir l’utiliser en match. Mais inversement, le simple fait de mettre un joueur constamment dans des situations complexes ne garantit pas qu’il développera tous les outils techniques dont il a besoin. C’est justement le pont entre les deux qui m’intéresse.
Finalement, je ne cherche pas uniquement à développer des joueurs qui savent exécuter beaucoup de gestes. Je cherche à développer des joueurs qui possèdent suffisamment d’outils pour pouvoir choisir, sous pression, celui qui répond au problème qu’ils viennent de percevoir.
Donc oui, je répète. Mais j’essaie autant que possible de faire évoluer la répétition : répéter un geste, puis répéter une intention, puis répéter la résolution d’un problème, sans forcément répéter toujours la même solution.
Comment parviens-tu à évaluer la progression d’un joueur dans un cadre qui rejette les tests techniques isolés ? Quels indicateurs utilises-tu à la place ?
Je commencerais déjà par nuancer la question : je ne rejette pas les tests techniques isolés. Ils peuvent apporter une information intéressante sur une composante précise du joueur. Ce que je refuse davantage, c’est de confondre la progression dans un test avec la progression du joueur de hockey dans sa globalité.
Si mon objectif est de développer un joueur capable de performer dans le jeu, une partie importante de mon évaluation doit forcément se faire dans le jeu. Et ma réflexion sur ce sujet a beaucoup évolué ces dernières années.
Une approche qui m’a notamment beaucoup intéressé est celle amenée par Erik Lignell, qui a travaillé à Frölunda avec Roger Rönnberg et qui nous a apporté une autre manière de réfléchir à l’efficience d’un joueur.
Cela m’a amené à déplacer progressivement la question de « qu’est-ce que le joueur réussit techniquement ? » vers « quel impact ses actions ont-elles réellement sur le jeu ? ».
Offensivement, est-ce que ses actions permettent de créer du danger ? Est-ce qu’il contribue à générer des scoring chances ? Est-ce qu’il permet à son équipe d’entrer dans une zone dangereuse, de conserver la possession, de trouver le slot, de créer un avantage ou de prolonger une situation offensive ?
Et défensivement, c’est presque l’inverse : est-il capable de supprimer du danger ? De casser un rush ? De protéger le slot ? D’empêcher une entrée dangereuse ? De récupérer un puck ou de permettre à son équipe de sortir de la pression ?
Cette notion d’efficience m’intéresse énormément parce qu’elle remet l’action technique dans sa finalité.
Une très belle passe n’a finalement que peu de valeur si elle ne fait pas progresser le jeu. À l’inverse, une action qui paraît beaucoup plus simple peut être extrêmement efficace si elle permet de créer un avantage ou de supprimer une menace.
Je cherche donc de plus en plus à évaluer le joueur autour de deux grandes questions :
« Est-ce que ce joueur contribue à créer du danger pour son équipe ? »
« Est-ce qu’il contribue à supprimer le danger créé par l’adversaire ? »
À l’intérieur de cela, je peux ensuite aller beaucoup plus loin : rush, jeu dans le slot, récupération, transition, breakout, forecheck, gestion du puck sous pression, capacité à prolonger une possession ou à empêcher l’adversaire de le faire.
Mais je ne veux pas non plus transformer des U14 en tableau Excel. L’observation reste essentielle. J’utilise la vidéo, les échanges coach-joueur et l’auto-évaluation. Et j’aime croiser trois regards : ce que j’ai vu comme coach, ce que la vidéo montre réellement et ce que le joueur pense avoir vécu ou décidé.
Cela permet aussi d’évaluer quelque chose qu’un test technique mesure difficilement : la décision.
Un joueur peut rater techniquement une action alors que sa lecture était excellente. À l’inverse, il peut réussir une action dont la décision initiale était mauvaise. Si je regarde uniquement le résultat, je risque de passer à côté de l’apprentissage.
La mesure reste malgré tout un domaine que je souhaite encore développer. Je n’ai pas la prétention d’avoir aujourd’hui un système parfait.
Mais ma réflexion évolue clairement vers une évaluation plus fonctionnelle du joueur :
Percevoir → décider → agir → mesurer l’impact de l’action sur le jeu.
Finalement, la question qui m’intéresse de moins en moins est : « Est-ce qu’il sait faire ? »
Celle qui m’intéresse de plus en plus est :
« Est-ce qu’il est capable d’utiliser ce qu’il sait faire pour créer un avantage pour son équipe ou en supprimer un à l’adversaire ? »
Et là, on commence vraiment à parler d’efficience du joueur de hockey.
Quelles résistances as-tu pu rencontrer (parents, dirigeants, autres entraîneurs…) lors de la mise en place de ton approche et comment les as-tu gérées ?

Oui, forcément, j’ai rencontré certaines résistances ou, plus souvent, des interrogations. Et je peux les comprendre, parce que mon approche ne donne pas toujours immédiatement l’image traditionnelle de ce que certains imaginent être un « bon entraînement ».
Un entraînement très analytique, avec des joueurs en lignes, des répétitions parfaitement organisées et beaucoup de corrections du coach, donne une impression immédiate de structure et de maîtrise. Tout est propre, tout est visible et il est relativement facile pour quelqu’un qui regarde depuis les tribunes de comprendre ce qui est travaillé.
Un Small ou Smart Game peut paraître beaucoup plus chaotique. Il y a des erreurs, des pertes de puck, plusieurs solutions possibles, parfois des séquences qui ne ressemblent pas exactement à ce que le coach avait imaginé. Et extérieurement, on peut avoir l’impression que « les enfants jouent simplement ».
C’est probablement là que j’ai rencontré le plus d’interrogations, notamment chez certains parents.
Il m’est déjà arrivé, par exemple, d’entendre avant un match : « Regarde les joueurs adverses à l’échauffement, ils shootent beaucoup plus fort que nous », ou de voir des parents impressionnés par une équipe qui réalise des exercices techniquement très propres. Et je comprends cette réaction. Un tir puissant, une belle série de passes ou un exercice parfaitement exécuté sont immédiatement visibles.
Mais ce que nous essayons de construire chez nos joueurs est parfois beaucoup moins spectaculaire à l’échauffement. Nous avons de très bons patineurs et nous accordons évidemment beaucoup d’importance au développement technique. Mais je pense que l’une de nos grandes forces collectives se trouve ailleurs : dans notre capacité à résoudre les problèmes que le jeu nous pose.
Lire la pression. Trouver une sortie. Conserver le puck. Créer un joueur libre. Utiliser le weak side. Sortir d’un espace fermé. Recréer un avantage après une perte de puck. Adapter notre solution lorsque la première n’est plus disponible. Et cela se voit beaucoup plus lorsque le match commence.
Avec le temps, c’est d’ailleurs souvent là que les perceptions changent. Des personnes qui pouvaient être sceptiques au départ commencent à comprendre ce que nous cherchons lorsqu’elles voient les joueurs capables de conserver le puck sous pression, de combiner, de trouver différentes solutions et surtout de ne pas paniquer lorsque le scénario prévu disparaît.
On nous a d’ailleurs plusieurs fois comparés, toutes proportions gardées évidemment, au Barça dans le football, notamment dans notre manière de gérer le puck, de créer des solutions autour du porteur et de chercher à conserver la possession plutôt que de simplement nous débarrasser du problème.
Je prends cette comparaison avec beaucoup de recul, surtout avec des U14, mais je trouve intéressant qu’un observateur extérieur puisse identifier une certaine identité dans notre manière de jouer. Parce qu’au fond, c’est précisément ce que nous cherchons : pas une succession de gestes appris par cœur, mais des joueurs capables de se connecter entre eux et de trouver collectivement des solutions.
Face aux résistances, ma première réponse n’est donc pas de chercher à convaincre par un grand discours. J’essaie surtout d’expliquer l’intention. Pourquoi avons-nous réduit l’espace ? Pourquoi ce 3c2 ? Pourquoi avons-nous ajouté cette contrainte ? Pourquoi est-ce que je n’arrête pas immédiatement le jeu après une erreur ? Quel comportement voulons-nous faire émerger ?
Et surtout, j’essaie de laisser le temps et le match apporter une partie de la réponse.
La vidéo est également très utile. Elle permet de montrer qu’un comportement travaillé dans un Smart Game réapparaît ensuite dans un contexte complètement différent en compétition. Pour moi, c’est beaucoup plus parlant que d’essayer de défendre une méthode théoriquement.
Je rencontre aussi parfois des interrogations chez d’autres entraîneurs, et je trouve cela plutôt sain. Une approche différente doit pouvoir être questionnée. Cela m’oblige à être capable d’expliquer pourquoi je fais quelque chose et pas simplement à répondre : « parce que je crois aux Small Games ».
Et je veux conserver cette ouverture, parce que je ne veux surtout pas tomber dans le piège inverse : devenir tellement convaincu de mon approche que je cesse moi-même de la remettre en question.
Si un environnement que j’ai construit ne provoque pas le comportement attendu, ce n’est pas systématiquement le joueur qui n’a pas compris. Peut-être que ma contrainte est mauvaise. Peut-être que le problème est trop complexe. Peut-être que je dois revenir momentanément à quelque chose de plus analytique. C’est aussi à moi de réguler.
Finalement, je pense que la meilleure manière de gérer les résistances reste de pouvoir expliquer ce que l’on fait, d’accepter d’être questionné et surtout de rechercher le transfert. Parce qu’à la fin, je ne veux pas que mes joueurs soient impressionnants dans mes exercices. Je veux qu’ils soient capables de résoudre les problèmes que le match va leur poser.
Si tu devais donner un conseil à un entraîneur qui découvre cette approche (EcoD/CLA) et risque de mal l’interpréter (car souvent réduite à « on laisse jouer sans rien dire« ), que lui dirais-tu ?
Je lui dirais d’abord : ne confonds surtout pas « laisser apprendre » avec « ne rien enseigner ».
J’ai souvent entendu : « il faut les laisser jouer », et je suis en partie d’accord. Je crois énormément au pouvoir du jeu comme mode d’apprentissage. Le jeu génère naturellement de l’engagement, des émotions, de la compétition, de la coopération, des erreurs, de l’incertitude et surtout une quantité incroyable de décisions.
Quand un enfant joue, il apprend en permanence, parfois sans même avoir conscience qu’il est en train d’apprendre. Mais « laisser jouer » ne veut pas dire que le rôle du coach disparaît.
Au contraire, je trouve que cette approche peut rendre notre rôle encore plus exigeant. Avant même que le puck soit posé sur la glace, je dois savoir quel problème je souhaite faire apparaître, quelles informations les joueurs vont devoir percevoir et comment l’environnement peut favoriser certains comportements.
Ensuite, mon rôle est d’observer.
Est-ce que la contrainte produit réellement ce que j’avais imaginé ? Est-ce que les joueurs trouvent des solutions ? Est-ce que je dois intervenir ? Questionner ? Modifier l’espace ? Enlever une règle ? Ou parfois simplement me taire et leur laisser encore trente secondes pour résoudre le problème ?
C’est cette dernière partie qui est parfois difficile pour un entraîneur. Nous avons été habitués à penser que coacher signifie parler, corriger et donner des réponses. Or, parfois, notre intervention arrive justement au moment où le joueur était sur le point de découvrir quelque chose. Il faut donc apprendre aussi à choisir quand intervenir.
Je ferais également attention à une autre confusion que j’entends régulièrement : « si on veut développer la créativité, il ne faut pas donner de consignes ». Je ne partage pas cette vision.
Pour moi, la créativité n’est pas l’absence de cadre. C’est la capacité du joueur à trouver une solution personnelle et adaptée à l’intérieur d’un problème qui lui est posé. Je peux donc imposer une contrainte très précise tout en laissant énormément de liberté dans la manière de la résoudre. C’est même là que le Smart Game devient intéressant : je peux orienter le problème sans imposer la réponse.
Par exemple, je peux modifier l’espace, le nombre de joueurs, une cible ou une règle pour provoquer davantage de transitions. Mais je n’ai pas besoin de dire au joueur : « quand tu récupères le puck, tu dois faire cette passe-là ».
Je crée les conditions du problème. À lui de percevoir ce que le jeu lui offre et de trouver sa solution. Et c’est là que je retrouve ce que j’appelle le pouvoir du jeu. Le jeu possède quelque chose que nous avons parfois du mal à recréer artificiellement dans un drill : il donne du sens à l’action.
Je ne patine plus simplement pour travailler mon patinage : je patine pour échapper à quelqu’un. Je ne protège plus le puck pour travailler ma protection : je le protège parce qu’un adversaire veut me le prendre. Je ne fais plus une passe parce que le coach a placé un cône à cet endroit : je fais une passe parce que j’ai perçu qu’un partenaire est devenu disponible.
La technique reste essentielle, mais le jeu lui donne une intention.
Je conseillerais donc à un entraîneur qui découvre l’EcoD ou la Constraints-Led Approach de commencer très simplement. Ne cherche pas à mettre cinq contraintes dans ton premier exercice pour faire « écologique ». Pars d’un problème réel du jeu. Modifie une chose. Observe ce que cela provoque. Puis régule.
La compétence du coach réside aussi dans sa capacité à comprendre quel outil utiliser, avec quel joueur, à quel moment et dans quel but. Finalement, je crois énormément au pouvoir du jeu, mais pas au « laisser-faire ».
Je cherche à créer un environnement suffisamment structuré pour provoquer l’apprentissage, mais suffisamment ouvert pour que le joueur puisse encore explorer, se tromper, recommencer et trouver sa propre solution.
La méthode doit servir le joueur, jamais l’inverse.
Et si je devais résumer ma philosophie en une phrase, ce serait toujours celle-ci :
« Je ne cherche pas à fabriquer la bonne réponse. Je cherche à développer des joueurs capables de trouver une réponse. »
Merci encore pour la richesse de ces échanges Andy… Nous te souhaitons une excellente saison et espérons pouvoir partager à nouveau avec toi sur ces sujets passionnants de l’apprentissage moteur dans la formation des jeunes hockeyeurs à l’occasion.
Merci à vous pour cet échange et pour la qualité des questions.
Je tiens aussi à vous remercier pour l’opportunité que vous me donnez de m’exprimer et de partager mon travail. Malgré plus de vingt ans passés sur les patinoires, c’est finalement assez rare que l’on me sollicite dans le hockey français pour parler de ma vision de la formation, de mes méthodes et de ce qui nourrit ma réflexion.
Vous êtes parmi les premiers à m’avoir offert cet espace, et je l’apprécie sincèrement.
Vos questions m’ont d’ailleurs obligé à prendre du recul, à mettre des mots sur certaines convictions et parfois même à mieux comprendre ma propre évolution comme entraîneur.
C’est aussi ce que j’aime dans notre métier : nous cherchons à développer des joueurs capables d’apprendre, de s’adapter et de se remettre en question, mais nous devons être capables d’en faire autant comme entraîneurs.
J’espère que cet échange pourra modestement nourrir la réflexion d’autres coachs, susciter des discussions, des désaccords aussi (c’est souvent de là que naissent les échanges les plus intéressants) et donner envie de continuer à questionner nos façons d’accompagner les jeunes joueurs.
Merci donc pour votre confiance et pour cette première opportunité de partager plus largement mon travail. Et avec grand plaisir pour poursuivre la discussion à l’avenir, autour d’une patinoire… ou d’un café !
