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AIO Performance

Il est courant de constater un certain manque d’esprit de compétition chez les jeunes hockeyeurs (et dans les sports collectifs en général), qui peut s’expliquer par plusieurs facteurs interconnectés.

D’abord, il y a eu une évolution culturelle importante ces dernières décennies vers la valorisation de la participation plutôt que de la performance (ce qu’on appelle parfois le « tous gagnants » et qui n’est pas forcément néfaste bien entendu). Ensuite, beaucoup de jeunes grandissent actuellement dans des environnements où on minimise l’échec pour protéger l’estime de soi, ce qui peut paradoxalement réduire la résilience. Il faut évidemment également prendre en compte la multiplication des sollicitations (écrans, activités diverses), qui dilue l’investissement dans une seule discipline, ajoutée parfois à cela une pression parentale mal calibrée qui transforme le sport en corvée plutôt qu’en défi stimulant.

Pour y remédier sans tomber dans l’hyper-compétitivité toxique, plusieurs approches prometteuses semblent faire leur preuve : d’abord ce que les chercheurs appellent une « mentalité de croissance » (growth mindset, concept développé par Carol Dweck). Concrètement, ça signifie valoriser l’effort, le progrès et l’apprentissage plutôt que le résultat uniquement. Ensuite l’adaptation des contenus, notamment avec la Constraints-Led Approach et, le Differential Learning et le Design Représentatif. Enfin le programme ACT, sorte de mindfullness appliquée aux sports.

Des exemples de solutions

  1. Cultiver le « growth mindset » : Carol Dweck, psychologue à Stanford, a démontré que plus un joueur croit que la capacité athlétique résulte de l’effort et de la pratique plutôt que du talent naturel seul, meilleures sont ses performances la saison suivante. L’étude montre aussi que ce que les athlètes croient sur les valeurs de leurs entraîneurs est encore plus important Growthmindsetinstitute.

Comment l’appliquer concrètement :

. Garder le score dans les exercices, non seulement pour les buts, mais aussi pour les passes, les tirs bloqués, etc. Cela valorise les accomplissements non liés au score Thecoachessite

. Utiliser le renforcement positif = si un joueur arrive 15 minutes en avance à l’entraînement alors qu’il arrive habituellement tout juste 2 minutes avant, le laisser mener l’échauffement ce jour-là comme renforcement social Minnesota Hockey

. Fournir un feedback spécifique plutôt que générique = dire « Super travail quand t’as utilisé ton corps pour protéger le palet ! » plutôt que simplement « Bien joué ! » ADM Kids

. Autre exemple, un entraîneur pourrait féliciter un jeune non pas juste pour un but marqué, mais pour sa persévérance après avoir raté trois tirs, ou pour avoir tenté une nouvelle technique pour gagner un duel en zone offensive.

2. Adapter les contenus :

La C.L.A. (approche pédagogique issue des travaux de Karl NEWEL en science du mouvement) est une solution efficace pour améliorer l’environnement psychologique et le climat motivationnel des apprenants. Il permet de conserver une compétitivité saine et centrée sur le développement plutôt que sur la comparaison excessive.

Le Differential Learning (approche développée par Wolfgang SCHÖLLHORN) est essentiellement basé sur la variation et l’exploration motrice. Il permet de centrer l’attention sur le progrès tout en diminuant les comparaisons normatives, ce qui conduit à réduire la peur de mal faire chez le jeune joueur.

Le Representative Design (approche proposée par Keith DAVIDS) préconise que les séances d’entraînement préservent les situations perceptives et décisionnelles présentes en compétition. L’apprentissage est donc systématiquement contextualisé et l’erreur n’est plus une incapacité technique mais devient informative… il prépare à la compétition sans créer une dépendance excessive au résultat !

3. Découvrir le Programme ACT (Acceptance and Commitment Training) : Une étude randomisée contrôlée sur des joueurs de hockey d’élite en Suède a montré des résultats impressionnants→ l’entraînement ACT a produit des effets significatifs sur les performances objectives (buts, passes, tirs tentés) et sur les évaluations des entraîneurs concernant la performance, la concentration et l’engagement des joueurs PubMed Central. Tous les joueurs formés ont recommandé l’ACT à d’autres.

Qu’est-ce que l’ACT (Acceptance and Commitment Training/Therapy) ?

L’ACT est une approche émergente devenue le choix privilégié des professionnels de psychologie du sport, enseignant aux athlètes la compétence de « flexibilité psychologique » Taylor & Francis Online.

La flexibilité psychologique est la capacité de se rapporter efficacement aux pensées, émotions et sensations corporelles indésirables Taylor & Francis Online. Plutôt que d’essayer de contrôler ou supprimer ces expériences internes (ce qui intensifie souvent « le problème »), à l’instar de la méditation en pleine conscience, l’ACT apprend aux athlètes à les accepter et à agir quand même selon leurs valeurs.

Comme l’explique Kelly Dekker, psychologue néerlandaise qui travaille avec des athlètes olympiques : « On ne gagne pas de médailles en ayant juste des pensées formidables et confiantes ». Ce qui compte, c’est d’agir malgré le bavardage mental.

L’ACT repose sur six processus interconnectés, représentés visuellement comme un hexagone :

1. Acceptation (Acceptance) Le processus de pratiquer une conscience sans jugement des événements internes et externes, reconnaissant qu’il y a des choses hors de notre contrôle Growthmindsetinstitute. Pour un jeune hockeyeur, cela signifie accepter la nervosité avant un match plutôt que de lutter contre elle par exemple.

2. Défusion cognitive (Cognitive Defusion) La faculté d’apprendre à remarquer le processus de pensée plutôt que de se laisser prendre par le contenu Growthmindsetinstitute. Par exemple, transformer « Je suis nul » en « J’ai la pensée que je suis nul » → créer de la distance avec ses pensées.

3. Présence au moment (Present Moment) Le fait de se familiariser avec les expériences sensorielles dans le moment présent, développant une plateforme de conscience cruciale Growthmindsetinstitute. Par exemple se concentrer sur la sensation de la crosse ou des lames sur la glace, plutôt que sur le score.

4. Soi comme contexte (Self as Context) Le processus de contacter le « soi observant », une partie de soi capable de témoigner des pensées, sentiments et actions à tout moment, permettant d’être libéré des croyances rigides sur soi-même Growthmindsetinstitute.

5. Valeurs (Values) La faculté de pouvoir définir ce qui est le plus important pour un individu dans sa vie, permettant de préciser un but, une direction et une prise de décision pour un avenir radieux Growthmindsetinstitute.

6. Action engagée (Committed Action) La capacité de prendre des mesures vers des objectifs valorisés tout en vivant des sentiments et pensées inconfortables Growthmindsetinstitute. C’est LE processus clé pour la compétition.

L’étude suédoise sur des hockeyeurs : des résultats concrets

L’étude est vraiment impressionnante. Voici les détails :

Protocole : Le programme consistait en quatre sessions d’une fois par semaine avec des devoirs entre les sessions, durant 30-40 minutes chacune PubMed Central. C’est donc un investissement en temps très raisonnable.

Résultats mesurables :

  • Augmentation significative des buts, passes et tirs tentés
  • Amélioration des évaluations des entraîneurs concernant la performance, la concentration et l’engagement
  • Les effets sur les évaluations des entraîneurs ont persisté 3 mois après l’intervention
  • Tous les joueurs formés ont recommandé l’ACT à d’autres

Application pratique pour le hockey mineur

L’exemple du Super Bowl : Le botteur Dustin Colquitt a révélé : « Tu es presque comme gelé avant que le snap arrive. Je me disais ‘attrape juste le ballon’. Puis mon corps et tout le travail que j’ai fait ont pris le relais. » Il s’est concentré sur une action simple et engagée = attraper le ballon. Le bavardage mental et les émotions n’ont pas à interférer Taylor & Francis Online.

Pourquoi l’ACT fonctionne particulièrement bien en sport Contrairement aux approches psychologiques traditionnelles qui essaient de « corriger » les pensées négatives ou de supprimer l’anxiété, l’ACT enseigne que nous ne contrôlons pas les pensées, émotions et sensations. S’attarder sur ces choses ou tenter de les ignorer ou les changer crée une lutte interne qui intensifie ces distractions intérieures Taylor & Francis Online.

Exemple concret d’exercice ACT pour jeunes hockeyeurs : Au lieu de dire « Ne sois pas nerveux » ou « N’aie pas peur » avant un match (qui augmente l’anxiété), l’entraîneur pourrait enseigner = « Tu remarques que tu es nerveux ? » (présence) / « C’est normal d’être nerveux avant un match important » (acceptation) / « Cette nervosité montre que ça compte pour toi » (valeurs) / « Maintenant, concentre-toi sur tes premiers pas sur la glace » (action engagée)

    Exercices pratiques ACT pour jeunes hockeyeurs

    1. La métaphore du gardien de but (pour tous les joueurs)

    Le gardien de hockey sert de métaphore parfaite pour la flexibilité psychologique en ACT PubMed Central. Voici comment l’utiliser avec les jeunes :

    L’exercice : « Imagine que tu es un gardien. Tu ne peux pas contrôler où les tirs vont venir. Certains seront hauts, d’autres bas, rapides ou plus lents. Ta seule responsabilité est de rester présent, flexible, et de te positionner pour arrêter chaque tir qui arrive. C’est pareil avec tes pensées et tes émotions pendant un match.« 

    Application concrète : « Je ne peux pas contrôler » → les tirs (tout comme les pensées négatives comme « je risque de rater« ) / « Je peux contrôler » → ma position, ma concentration (comment je réponds aux pensées négatives naturelles) / « Mon objectif n’est pas de bloquer les pensées, mais de rester présent malgré elles »

    2. Exercice de défusion : « Je remarque que…« 

    Avant un match ou un tir de pénalité, la pensée habituelle : « Il faut pas que je rate ce tir » → Le joueur fusionne avec la pensée et devient nerveux

    Technique ACT : « Je remarque que la pensée négative me traverse » → Le joueur crée de la distance

    Exercice pratique sur la glace : L’entraîneur peut faire pratiquer ceci avant les exercices de tirs → « Quelle pensée te vient avant de tirer ? » / « Maintenant redis-la en commençant par ‘Je remarque que j’ai la pensée que…’ » / « Concentre-toi maintenant sur la sensation de ta crosse, du palet, et patine« 

    3. Clarification des valeurs : Pourquoi tu joues ?

    Session de 15 minutes avec l’équipe : chaque joueur note sur une fiche → « Je joue au hockey parce que… » (pas pour gagner, mais les valeurs profondes : camaraderie, dépassement, plaisir du jeu) / « Quand je joue selon mes valeurs, je me sens… » / « Une action concrète que je peux faire aujourd’hui pour vivre cette valeur…« 

    Par exemple, « J’aime retrouver mes potes et rigoler avec « , donc même si je suis nerveux ou frustré, je vais me comporter comme habituellement avec mes coéquipiers et prendre du plaisir à échanger avec eux »

    4. Exercice de présence : « Le palet fait du bruit »

    Échauffement de 5 minutes : Les joueurs patinent lentement en manipulant le palet d’avant en arrière → « Concentrez-vous uniquement sur le son que fait le palet sur la glace » / « Sentez la vibration dans la crosse » / Si une pensée arrive (« J’espère que je ne vais pas faire d’erreur« ), remarquez-la comme un train qui passe et revenez au son

    Cet exercice développe la capacité à être présent pendant les matchs au lieu d’être perdu dans ses pensées.

    5. Acceptation : La métaphore du sac à dos

    Pour gérer la pression : imaginez que la nervosité, la peur de décevoir, le stress sont comme des pierres que vous mettez dans un sac à dos. Plus vous essayez de vous en débarrasser en pensant « Je ne dois pas être nerveux« , plus le sac devient lourd. Au lieu de ça, on peut accepter que ces pierres sont là (« Ok, je suis nerveux, c’est normal« ), et continuer à patiner, passer, tirer avec le sac sur le dos. Avec le temps, vous remarquerez que même avec le sac, vous pouvez jouer. »

    6. Le « Tableau des distractions internes »

    Exemple à afficher dans le vestiaire :

    DISTRACTIONS INTERNES     →     ACTION D’ACCEPTATION

    « Je suis nul »              →     « Je remarque cette pensée »

    « Je vais décevoir »        →     « C’est normal d’avoir peur »

    « Le coach me déteste »     →     « Mon esprit se fait ses histoires »

                               ↓

                        ACTION SELON MES VALEURS

                      (passer, patiner, communiquer)

    Bonus : Points clés pour les entraîneurs

    1. Simplicité : Commencez par UN exercice et intégrez-le pendant 2 à 3 semaines
    2. Répétition : L’ACT fonctionne par la pratique régulière, pas par des réunions occasionnelles
    3. Langage adapté : Utilisez le vocabulaire hockey plutôt que psychologie clinique

    Ces exercices sont concrets, prennent peu de temps, et ont démontré leur efficacité dans les études sur le hockey d’élite. Ils restent facilement adaptables à l’âge et au niveau des jeunes. Par contre, il faut Éviter les pièges motivationnels (Ne jamais récompenser les buts = cela crée des joueurs qui ne passent jamais et tirent de tous les angles possibles) Thecoachessite

    De même l’idée traditionnelle de punir les joueurs qui échouent en leur faisant faire des exercices supplémentaire est ridicule = ils finiront juste par détester le jeu Minnesota Hockey

    Ce n’est uniquement pas la compétition qui fait progresser les jeunes, mais la manière dont on la conçoit 😉!

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